Garder une pomme pour la soif

Garder une pomme pour la soif On a beaucoup épilogué sur le marathon des Jeux de Saint Louis 1904. On rappelle

Garder une pomme pour la soif

On a beaucoup épilogué sur le marathon des Jeux de Saint Louis 1904. On rappelle que le premier vainqueur, Frederick Lorz, est déclassé après avoir avoué qu’il a fait la moitié du parcours en voiture, profitant de l’importante poussière soulevée par les véhicules qui suivent la course.

Le deuxième de la course, le Franco-américain, Albert Corey, aurait dû l’emporter, car le véritable vainqueur, l’Américain Thomas Hicks, a franchi l’arrivée, soutenu par deux assistants qui l’ont désaltéré au cognac et lui ont administré un cocktail de strychnine et de blancs d’œufs.

 

Mais aux Jeux, malheur au quatrième. Il ne monte pas sur le podium et n’a même pas droit à une citation dans les annales olympiques. Pourtant, le quatrième du marathon à Saint Louis 1904 est un authentique champion.

Un héros qui s’ignore

Felix Carjaval (1875 – 1949) est cubain. C’est un des rares étrangers, considéré comme tel, car la plupart de ceux qui ont participé aux Jeux de Saint Louis étaient salariés ou étudiants aux États-Unis.

Ce facteur de La Havane a récolté les fonds pour se rendre en Amérique en gagnant des compétitions dans son pays. Il va perdre tout cet argent en arrivant à La Nouvelle-Orléans. Il doit faire la route en auto-stop jusque dans le Missouri. Lorsqu’il arrive à Saint Louis, il n’a plus de valise. Il doit courir en chemise, découper son pantalon au-dessus du genou et courir en chaussure de ville. La chaleur est accablante, il fait 32°.

 

Un groupe de marathoniens. Carjaval à gauche avec le dossard 3.

Les 32 coureurs s’élancent pour le parcours de 40 kilomètres, car la distance de 42,195 km ne sera officielle qu’en 1924. Il faut atteindre le 20e kilomètre pour se désaltérer. Les favoris tombent, un à un comme des mouches. Carjaval tient bon. Il plaisante avec les spectateurs. N’ayant rien avalé depuis deux jours, il s’arrête dans un verger pour manger des pommes. Elles sont véreuses. Repu, il s’allonge et fait une sieste.

Puis il repart et finit par franchir l’arrivée tranquillement. En dépit de ce parcours en dilettante, Felix Carjaval termine quatrième. On n’ose imaginer ce qui aurait pu être son classement, s’il avait mis tous les atouts de son côté.

Coureur de marathon

La carrière de coureur de marathon de Felix Carjaval ne fait que commencer. Il est invité par le gouvernement cubain à représenter son île aux Jeux intercalés d’Athènes 1906. Il fait une escale en Italie et ne ralliera jamais Athènes. On le croit mort, sa nécrologie est publiée dans les journaux cubains. Pourtant, quelques semaines plus tard, il réapparait, de retour à Cuba, où il devient professionnel.

Un livre  de Bernardo José Mora raconte sa vie. Il s’intitule : Félix Carvajal, corredor de maratón.

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