Dernières salves avant le Grand Oral
Les sept candidats à la succession de Thomas Bach se retrouvent jeudi à Lausanne pour défendre leur candidature devant leurs
Les sept candidats à la succession de Thomas Bach se retrouvent jeudi à Lausanne pour défendre leur candidature devant leurs 110 collègues. Si certains jouent gros compte tenu de leur position de favoris, d’autres tenteront de renverser les pronostics avec des idées originales et des propositions de nature à séduire les votants.
Au jeu des favoris, le Britannique Sebastian Coe, président de la puissante Fédération internationale d’athlétisme (World Athletics) a signé des propositions originales et parfois radicales. Il sera confronté à Kirsty Coventry, vice-présidente du CIO et seule femme engagée dans la campagne et Juan Antonio Samaranch, autre vice-président du CIO, fils de l’ancien président emblématique de l’organisation mondiale du sport.
En position d’outsiders se tient David Lappartient, président de l’importante Union cycliste internationale (UCI) et son collègue Morinari Watanabe, président de la Fédération internationale de Gymnastique (FIG).
Graduellement arrivent ensuite les candidatures du Jordanien Feisal Al Hussain, membre de la commission exécutive du CIO et Johann Eliasch, président de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS).
Punchline et précisions d’usage
Tous ont publié leur manifeste de campagne avec des points forts, des idées originales, des projets pour l’ensemble de la communauté sportive.
Les derniers jours de campagne leur donnent l’occasion d’enfoncer le clou sur le sens de leur candidature.
Si Sebastian Coe a semé le doute parmi ses collègues sur le projet récompenser financièrement les athlètes qui font le succès des Jeux. Il s’est montré plus direct et plus incisif sur un autre sujet qui fait débat au sein du CIO : la question du genre.
Adopter une « politique claire » sur le genre, protéger le sport féminin reste l’une des propositions phares de Sebastian Coe dans la course à la présidence. « Si vous n’êtes pas prêts à prendre des décisions claires, vous perdrez le sport féminin, et je ne suis pas prêt à laisser cela se produire », avait récemment déclaré Coe.
Coe part avec l’avantage de vouloir le poste, d’y « penser chaque matin en se rasant » et de le faire savoir clairement. mais le Britannique a l’inconvénient d’être le plus âgé des candidats et potentiellement, de ne jamais aller au terme de son mandat.
Coe vient de rallier à l’une de ses causes, la plus jeune des challengers, Kirsty Coventry, qui sur la question du genre s’est montrée discrète jusque là. « Il est de notre devoir de garantir l’égalité des chances et l’équité dans nos compétitions.
Et la Zimbabwéenne de préciser : « Je ne crois pas que nous puissions y parvenir, sur la base des recherches médicales et scientifiques que j’ai vues, si nous ajoutons ou autorisons les femmes transgenres à concourir dans la catégorie féminine en ce moment », a-t-elle déclaré à la BBC Sport Africa.
Ajoutons que Kirsty Coventry se montre très enthousiaste concernant la diffusion des Jeux en streaming afin de s’adapter aux nouveaux modes de consommation du public. « Je pense que si nous parvenons à créer des opportunités dans ces nouveaux domaines, nous attirerons davantage de fans, ce qui devrait se traduire par de nouvelles opportunités de revenus ».
Le poids de la diplomatie
Le troisième poids lourd de cette élection, l’Espagnol Juan-Antonio Samaranch entend mettre en lumière sa maîtrise des protocoles diplomatiques. « le président du CIO doit être sur un pied d’égalité avec des géants comme les États-Unis, la Chine, l’Union européenne et l’Inde, et qu’il vous faudra donc faire preuve de discernement pour siéger à cette table », dit-il.
Juan-Antonio Samaranch a fait du retour de la Russie au sein du sport international, un objectif à court terme.
Ce projet, il le fait au nom de la charte olympique et son interprétation « défendre les jeunes et les athlètes contre les problèmes qui pourraient découler des attitudes et des actions de leur gouvernement ».
Assez discret jusque là, le Français David Lappartient vient d’accorder une interview à l’Agence France Presse (AFP). Sa position rejoint celle de Samaranch.
La « mission » du CIO étant « d’unir les gens de manière plus pacifique », les athlètes russes et biélorusses ont « vocation à naturellement reprendre une place dans le monde du sport ». Pas question, insiste-t-il, de les exclure définitivement du mouvement olympique.
Lappartient met en garde également les États-Unis sur leur refus de financer l’Agence mondiale antidopage (AMA). Lappartient a prévenu que cette question pourrait avoir des répercussions sur le projet de Salt Lake City d’organiser les Jeux olympiques d’hiver de 2034. S’il est élu, Lappartient souhaite rencontrer rapidement Donald Trump.
Le révolutionnaire
Autre figure importante de cette élection, le Japonais Morinari Watanabe. Il a secoué le cocotier en remettant profondément en cause les vieilles règles du mouvement en imaginant des Jeux olympiques qui se déroulaient simultanément dans 5 villes différentes, une par continent et avec 50 sports diffusés en continu 24/24. L’idée est révolutionnaire, mais elle ne manque pas de créativité.
Une chose est sûre, ce projet pourrait permettre des revenus exponentiels (déjà très élevés) et un attrait renforcé dans le monde entier.
Mises en garde écologiques
Le Prince Feisal de Jordanie est un homme discret, pondéré. Il se livre peu. Il a néanmoins accepté une interview de Reuters dans laquelle il dit vouloir « libérer le potentiel du CIO ».
Al Hussain souhaite repenser la gouvernance du CIO pour la rendre plus démocratique. Tous ont ce projet en tête.
Mais plus novateur, il entend rendre les dates des Jeux d’été et des Jeux d’hiver plus flexibles afin de les adapter à tous les territoires (et à ceux du Moyen-Orient en particulier) compte tenu des changements climatiques.
La question du changement climatique est celle que privilégie aujourd’hui Johann Eliasch dans la dernière ligne droite. Après avoir longtemps fait campagne sur les recettes potentielles pharaoniques que pourrait percevoir le mouvement olympique, il rappelle sa conscience écologiste.
Les incendies de Los Angeles démontrent que le CIO a le devoir de veiller à ce que les villes candidates se dotent de moyens de lutter contre les évolutions météorologiques. S’appuyant sur la réduction du budget de 17 millions de dollars de Los Angeles vis-à-vis des services de secours, Eliasch dit : « La leçon à tirer de tout cela est que nous devons nous assurer que les organisateurs ont la capacité et les moyens de faire face aux événements météorologiques extrêmes, car il n’y en aura pas moins, mais plus ».
Enfin, Eliasch verrait également d’un bon œil la possibilité qu’un pays africain puisse rapidement être en mesure d’accueillir les Jeux d’été. Il n’est pas le seul, beaucoup ont également ce projet comme étendard.