La décision qui met le feu aux poudres
La décision qui met le feu aux poudres Comme on le pressentait, la prise de position du CIO vis-à-vis des athlètes
La décision qui met le feu aux poudres
Comme on le pressentait, la prise de position du CIO vis-à-vis des athlètes transgenres suscite la polémique. La nouvelle politique concernant la « protection de la catégorie féminine » fait face à des critiques. Bien qu’ayant pris cette décision en s’appuyant sur des considérations scientifiques, les critiques pointent du doigt, une décision qu’ils qualifient de politique, destinée à plaire au président américain qui inaugurera les Jeux de Los Angeles dans moins de deux ans.
La décision du CIO arrive sans doute au mauvais moment, juste avant les prochains Jeux de Los Angeles, dans moins de deux ans. Elle est prise juste après que l’administration Trump a interdit aux athlètes transgenres de concourir dans les sports qui ne correspondent pas à leur sexe de naissance.
D’ailleurs, le locataire de la Maison-Blanche n’a pas manqué de saluer l’annonce de jeudi dernier, rappelant qu’il a pris un décret présidentiel en 2025 suspendant les financements fédéraux destinés aux écoles autorisant les filles et les femmes transgenres à concourir. Il menaçait également de refuser des visas aux athlètes transgenres souhaitant participer aux Jeux de Los Angeles 2028.
La presse qui assistait à la conférence de presse de jeudi n’a pas manqué d’interroger la présidente sur influence qu’aurait pu exercer Trump sur la décision du CIO. Kirsty Coventry a fait une rapide mise au point : « C’était une priorité pour moi bien avant le second mandat du président Trump. Nous n’avons subi aucune pression extérieure au Mouvement olympique».
De fait, le sujet était au cœur de l’élection à la présidence du CIO et c’est Sebastian Coe, le premier qui a mis le sujet en débat. C’était fin 2024, juste après les Jeux de Paris et Trump n’occupait pas la Maison-Blanche. Kirsty Coventry, a mis le sujet en chantier juste après son élection à l’été 2025. Voilà pour la chronologie.
Transgenre, DDS, même situation ?
Ce qui surprend principalement dans la décision du CIO, c’est que les athlètes présentant des différences de développement sexuel (DDS) soient assimilées, de fait, aux athlètes transgenres. La question des DDS renvoie inévitablement à des considérations biologiques certes, mais également des droits humains et du règlement des compétitions.
Selon le CIO, la justification de cette nouvelle politique repose sur la nécessité de garantir « l’équité, la sécurité et l’intégrité des compétitions de haut niveau ».
On comprend le sens du projet, mais, à la différence des athlètes transgenres, le cas des DDS est plus problématique. Ces athlètes sont avant tout victimes d’une anomalie génétique. Que les athlètes transgenres ne puissent pas participer à des compétitions féminines, tout le monde peut l’entendre, mais la question est plus épineuse s’agissant des DDS. Où et comment pourront-elles s’exprimer sportivement ?
C’est tout le sens du combat qu’a mené ces dernières années Caster Semenya (photo) afin de faire reconnaître son identité de genre. Dès lors, l’ancienne championne a condamné la décision du CIO avec des mots très forts. « Cela ne sent pas la science. Cela sent la stigmatisation. Ce n’est pas né d’une volonté de prendre soin des athlètes. C’est né de pressions politiques.»
Caster Semenya, comme d’autres athlètes avant elles, est née avec une anomalie intersexuée. Biologiquement, cela signifie qu’elle possède des chromosomes XY (généralement masculins) et des organes génitaux externes féminins, mais avec des testicules internes à la place des ovaires et de l’utérus. Son taux de testostérone se situe également dans la fourchette masculine, ce qui, en théorie, lui confère des avantages physiques. Elle dispose d’une masse musculaire et une capacité d’absorption d’oxygène supérieure à ses adversaires.
Malgré une victoire partielle obtenue devant la Cour européenne des droits de l’homme en juillet 2025, l’athlète n’a plus jamais participé à une compétition internationale. World Athletics l’avait sommée de faire baisser artificiellement son taux de testostérone pour revenir sur le circuit, Semenya a toujours refusé de se soumettre à ces tests.
Le CIO a pris ses responsabilités
L’organisation savait que sa décision serait contestée. Elle avait fait fuiter son projet voici quelques mois afin de préparer l’opinion à son projet.
D’ailleurs, à y regarder de plus près, on constate que les opposants ne remettent pas en cause la décision du CIO dans sa globalité, mais plus spécifiquement la réhabilitation des tests génétiques. Ces tests ont été pratiqués de 1967 à 1999 à l’initiative de la Commission médicale et scientifique du CIO, qui avait d’ailleurs été créée pour cela. C’est sans doute pour cela que certains opposants parlent de « retour en arrière ».
Bien que controversée, la décision du CIO a le mérite de la clarté. On ne peut pas revendiquer d’être l’organisation mondiale du sport et continuer de laisser aux Fédérations internationales le droit de décider pour chaque sport, quelle politique adopter en matière de « protection de la catégorie féminine ».
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