L’Inde et le Qatar, une longueur d’avance ?
L'Inde et le Qatar, une longueur d'avance ? Si le communiqué du CIO cette semaine met en avant l'organisation de l'élection
L’Inde et le Qatar, une longueur d’avance ?
Si le communiqué du CIO cette semaine met en avant l’organisation de l’élection pour les Jeux en 2036, les observateurs avertis y ont vu avant tout la sélection des sept pays en lice pour aller au terme de l’aventure. Force est de reconnaître que tous les projets n’en sont pas au même stade et que deux d’entre eux ont une petite longueur d’avance.
En 2024, les Jeux étaient organisés en Europe (Paris). Ils seront en Amérique en 2028 (Los Angeles) et en Océanie (Brisbane) en 2032. Si le principe de rotation des continents ne fait pas partie des règles du CIO, on peut quand même penser que deux continents disposent de plus de chance de les obtenir en 2036 : l’Asie et l’Afrique.
On rappelle que sept pays ou région participent au dialogue continu : L’Allemagne et la Hongrie pour l’Europe, mais les deux pays visent plus directement l’année 2040, l’Afrique du Sud pour l’Afrique et la Turquie, le Qatar, la Corée du Sud et l’Inde pour l’Asie.
La candidature africaine est actuellement construite autour du Cap au sud du pays. Toutefois, les autorités envisagent d’y associer d’autres villes, comme Durban dans l’Est et Johannesbourg au centre du pays. L’idée étant de disposer des installations existantes pour un moindre coût.
Toutefois, les ambitions olympiques de l’Afrique du Sud se heurtent à des problèmes persistants de gouvernance et de financement au sein de son système sportif. De plus, l’Afrique du Sud est gangrenée par la violence. Il est sur la liste rouge des pays où le taux de criminalité est le plus élevé au monde. Nul besoin de rentrer dans les détails.
Deux candidats asiatiques en embuscade
Curieusement, la Corée du Sud, déjà organisatrice des Jeux olympiques de Séoul 1988, puis de Pyeongchang 2018, mais également des JOJ de Gangwon 2024 n’a guère le vent en poupe. Le Comité olympique national avait choisi la région de Jeolla du Nord pour porter la candidature. Or, il y a quelques semaines, les responsables de la région se sont dit qu’ils n’avaient pas les moyens de cette ambition. Ils se disent disposés à partager l’organisation avec Séoul, sa concurrente… voire tout lui abandonner ! La capitale coréenne dispose de toutes les infrastructures nécessaires.
De son côté, la candidature turque d’Istanbul revient régulièrement sur le tapis. Cette ville qui chevauche l’Europe et l’Asie est candidate pour la sixième fois depuis le début du siècle (2000, 2004, 2008, 2012, 2020 et 2036). Il va de soi que l’organisation des Jeux européens en 2027 comptera dans la perspective de l’organisation olympique de 2036.
Le pays et la ville possèdent déjà des infrastructures nécessaires et disposent en façade d’un soutien politique unanime… ou presque. Récemment, la ville d’Antalya, au sud du pays, s’est dite intéressée pour co-organiser l’événement et plusieurs sports. Or, ce n’est pas le projet initial et cette concurrence de dernière minute semble contre-productive.
Le Qatar : ses points forts, ses points faibles

Complexe sportif de Doha
Le Qatar porte l’étendard des pays du Golfe, a franchi jusque-là, une à une, les étapes visant à accueillir, pour la première fois, les Jeux olympiques et paralympiques au Moyen-Orient. Sa gouvernance est déjà sur pied et son dossier s’appuie notamment sur des infrastructures existantes et éprouvées. Non seulement l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022 a été remarquée, mais, depuis plus de vingt ans, le pays a démontré son expérience dans l’organisation de grands événements sportifs internationaux ou autres.
La chaleur qui règne dans le pays en période estivale ne semble plus un problème. Le CIO est disposé à adapter le calendrier si nécessaire.
L’organisation des Jeux asiatiques en 2030 ou 2031 aurait pu l’aider à franchir la dernière marche… mais l’élection de l’hôte olympique est prévue en 2029. Il faudra se montrer rassurant bien avant. Or, le Qatar a une épine dans le pied. L’incertitude géopolitique qui règne actuellement dans la région pose problème. Rien n’indique que le climat politique redevienne clément dans les prochains mois.
Enfin, le Qatar souffre de manquements en matière de droits de l’homme. On se rappelle les nombreux morts sur les chantiers pour construire les stades de la Coupe du monde, ou bien encore les droits LGBTQ+ et les organisations féministes qui fustigent les lois et les restrictions du pays, en décalage avec les normes éthiques du CIO.
L’Inde : ses points forts, ses points faibles
Reste l’Inde, qui, depuis le départ, peut apparaître comme le véritable favori. Non seulement le pays est enthousiasmé à 200 % par ce projet, mais il a également exprimé son intérêt pour celui-ci depuis de nombreuses années, l’ayant finalisé en 2024, soit bien avant tous ses concurrents.
Le géant asiatique, le pays le plus peuplé du monde, a beaucoup d’atouts dans sa manche, mais également beaucoup d’écueils.
Ses atouts reposent sur un soutien politique sans faille et un complexe olympique autour de la ville d’Ahmedabad impressionnant. Il servira de camp de base pour les Jeux du Commonwealth de 2030.
En plus de l’actuel stade Narenda Modi de 132 000 places, le complexe sportif en cours de travaux comprendra un stade d’athlétisme de 50 000 places, une piscine de 12 000 places, une arena de 18 000 places, un court de tennis de 10 000 places et un village pour les athlètes de 17 500 places.
Toutes ces installations seront prêtes en 2029. De plus, les autorités cherchent à limiter à 30 minutes maximum les temps de trajet entre les différents sites avec l’extension de lignes de métro, de nouvelles routes et des transports collectifs électriques.
Les milliards de roupies coulent à flots.
Toutefois, l’Inde a aussi ses épines dans le pied. Le pays n’est pas reconnu comme l’une des meilleures nations sportives mondiales et figure dans le ventre mou des 206 sélections olympiques. Afin de rattraper son retard, l’Inde n’a pas pris le bon chemin. Il est désormais en tête de la liste des pays à risque s’agissant du dopage et c’est celui qui fabrique le plus de produits interdits au monde. À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques avec le Pakistan voisin.
Nul doute que les Indiens vont devoir réaliser rapidement de gros, de très gros efforts dans tous ces domaines pour définitivement convaincre le CIO de sa capacité à organiser les Jeux en 2036. Le pays va devoir démontrer que son slogan « Rising together » (s’élever ensemble) n’est pas qu’une formule. Mais qu’il s’agit d’un projet destiné à changer les nouvelles générations du pays et surtout convaincre le reste du monde.