Pierre de Coubertin au Panthéon en 2024 ?

Dans sept mois, débuteront les Jeux de Paris 2024. Ce devrait être plus que jamais l’occasion de célébrer celui qui est à l’origine de cet événement : Pierre de Coubertin. Le fondateur des Jeux olympiques est  un personnage bien plus complexe que les rapides biographies le donnent à penser, un visionnaire avant tout.

 

Il y a deux ans, Guy Drut, membre éminent du Comité International Olympique (CIO) a émis l’idée que les Jeux de Paris 2024 seraient le moment idéal pour transférer les cendres de Pierre de Coubertin au Panthéon. Il a immédiatement eu le soutien du président du CIO, Thomas Bach qui considère le projet comme « merveilleux ».

Drut a patiemment constitué un dossier avec le soutien de la famille du rénovateur des Jeux afin de le présenter au président Macron.

 

La réponse n’a pas tardé. L’Élysée pensait à l’époque que le personnage lui semblait trop controversé pour mériter le Panthéon. D’un trait de plume, l’institution venait de balayer l’histoire et l’acharnement du rénovateur des Jeux à changer le monde. Aujourd’hui pourtant, la question mérite d’être de nouveau posée. Pierre de Coubertin ne mérite t-il pas d’entrer au Panthéon ?

Le petit rebelle

Tout petit déjà (photo), Pierre de Coubertin ne se satisfait pas de l’univers aristocratique qui est le sien. Sa famille le baptise « le petit rebelle ». Il fait des études de droit comme on lui demande mais c’est l’économie sociale qui le passionne. Il devient le disciple de Frédéric Le Play, le fondateur de cette discipline et n’aura de cesse de suivre ses préceptes.

 

Lors de ses études en Angleterre, il observe les bienfaits de la pratique du sport. De retour en France, le jeune pédagogue s’applique à favoriser l’évolution de l’éducation sportive au lycée. Mais Coubertin se préoccupe tout autant de l’enseignement postscolaire et de l’éducation des masses. Il fait de la réhabilitation du travail manuel et de la culture pour tous, un combat.

Le rétablissement des Jeux

Né au 19e siècle, Coubertin a déjà la tête au 20e siècle. Après avoir cherché à développé le sport de masse, il s’attaque à son deuxième combat, faire de sa passion du sport un outil destiné à servir la paix dans le monde. Il imagine des joutes sportives entre nationaux plutôt que des guerres entre pays. C’est ainsi que nait l’idée de réhabiliter les Jeux olympiques le 23 juin 1894 à la Sorbonne.

 

Lors du banquet de clôture, il cède à la volupté de proclamer qu’il est heureux d’avoir réussi son pari de réhabiliter les Jeux, cette oeuvre  « grandiose et bienfaisante » qu’il appelait de ses vœux. Mais plus que tout, Coubertin est fidèle à lui-même et déclame à l’assistance « Messieurs, nous sommes des rebelles ».

Coubertin est rebelle, complexe, sans préjugé, en perpétuelle évolution, visionnaire et humble.

En quoi est-il controversé ?

Alors en quoi, le personnage serait-il controversé ? Au moment où les organisateurs des Jeux de Paris 2024 se vantent d’y célébrer la parité homme-femme, on rappelle que Coubertin ne souhaitait pas la présence des femmes aux Jeux. On le dit misogyne.

 

Dans son cercle privé, Coubertin démontre pourtant chaque jour qu’il n’a rien contre la pratique sportive féminine puisqu’il accompagne sa mère dans de longues balades équestres et surtout pratique assidument le tennis avec sa sœur Marie sur le court en gazon de la propriété familiale à Mirville (photo).

 

Ceux qui ont tenté de percer sa personnalité pense qu’il entend plus que tout protéger l’image de la femme, il souhaite la soustraire à la risée des machistes de l’époque qui se seraient gaussés de les voir en short et ruisselantes de sueur.

 

Marie-Thèrese Eyquem ancienne inspectrice générale du sport en France dans les années 1960 lui rend un vibrant hommage sur cette question. Cette féministe jusqu’aux bout des ongles, défenseure du sport féminin lui a consacré une biographie enflammée. Elle aussi défendait l’idée que la féminité devait prévaloir à l’époque sur la pratique sportive.

Une famille mobilisée pour lui rendre hommage

Coubertin au Panthéon, sa famille l’espère. L’Association familiale Pierre de Coubertin (AFPC), présidée par une arrière-arrière petite nièce, Alexandra de Navacelle de Coubertin entend se battre pour mieux faire connaître l’œuvre de son aïeul. Elle souhaite qu’on ne l’oublie pas lors de la célébration des Jeux de Paris 2024.

 

Une grande exposition très didactique et numérique sera inaugurée début juin dans la mairie du 7ème arrondissement de Paris. Elle s’y poursuivra jusqu’en septembre 2024 avant de parcourir le monde.

Le 23 juin 2024, jour anniversaire de la création des Jeux olympiques à la Sorbonne 130 ans plus tôt, le président du CIO Thomas Bach assistera à un concert donné par l’orchestre universitaire de Paris. Beethoven, le compositeur préféré de Coubertin y sera célébré. La soirée s’achèvera avec une démonstration de breaking.

 

Des séries de conférences sont également à l’étude. Elles sont destinées à mieux comprendre les aspects de la personnalité de Pierre de Coubertin.

 

L’association défend par ailleurs l’idée d’un Musée olympique en France. Il y en a 34 dans le monde et pas encore un seul au pays du refondateur des Jeux.

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