Lutte antidopage : la guerre des mots
Lutte antidopage : la guerre des mots Loin de s'apaiser, le conflit entre l'Agence américaine antidopage (USADA) et l'Agence mondiale antidopage
Lutte antidopage : la guerre des mots
Loin de s’apaiser, le conflit entre l’Agence américaine antidopage (USADA) et l’Agence mondiale antidopage (AMA) prend des allures d’attaque rangée depuis maintenant plusieurs mois. Depuis l’affaire des nageurs chinois, ce qui n’était alors qu’une bataille d’arguments devient une guerre de tranchées entre les deux responsables des organisations, le Polonais Withold Banka pour l’AMA et l’Américain Travis Tygart pour l’USADA (photo).
La suspension pour dopage, la semaine dernière, de l’athlète américain Marvin Bracy-Williams, vice-champion du monde du 100 m est à l’origine d’un nouveau bras de fer. Bracy-Williams vient d’écoper d’une suspension de 45 mois la semaine dernière de la part de l’Agence américaine antidopage (USADA) pour un contrôle positif à un échantillon d’urine prélevé hors compétition. Le test, effectué en 2024, avait révélé la présence d’un agent anabolisant.
C’est la méthode employée par l’USADA qui est à l’origine de la suspension de Bracy-Williams. Une méthode à laquelle l’AMA goûte fort peu.
En clair, l’agence américaine enfreint le code mondial antidopage en autorisant des athlètes en infraction aux règles antidopage à continuer de concourir, à condition qu’ils travaillent sous couverture et dénoncent d’autres contrevenants.
L’AMA s’insurge contre la méthode. Elle insiste sur le fait que les athlètes pris en flagrant délit de dopage ne devraient pas pouvoir concourir. Point final ou presque. C’est-à-dire, potentiellement ne pas pouvoir remporter des prix et des médailles sans avoir été préalablement poursuivis et sanctionnés publiquement.
Pourtant l’USADA maintient sa méthode qu’elle juge nécessaire et conforme aux (seules) lois américaines. Elle tient à démontrer ainsi qu’elle lave plus blanc que blanc, même si ses principes sont contraires à la bienséance. Son directeur Travis Tygart en témoigne « la gestion de cette affaire par l’USADA, contraste fortement avec la manière dont la Chine et l’AMA ont traité les 23 cas positifs révélés par TMZ ».
De l’huile sur le feu
Immédiatement, l’AMA a réagi. Elle considère qu’à moins de trois ans des Jeux de Los Angeles 2028, les États-Unis devraient se préoccuper davantage de la lutte contre le dopage qu’elle ne le fait actuellement.
C’est ainsi qu’elle dénonce le fait que rien n’a été fait pour empêcher Bracy-Williams et d’autres, de bien s’entourer. L’athlète avait pour entraîneur Dennis Mitchell, un ancien champion olympique suspendu en 1998 pour dopage. « En tant qu’ancien athlète, je ne comprends pas comment on peut laisser un athlète s’entraîner par quelqu’un ayant un passé de dopage », a déclaré Witold Banka, président de l’AMA au NYTimes.
Le président de l’Agence mondiale en remet une couche avec l’organisation prochaine à Las Vegas des Enhanced Games, une compétition où le dopage est autorisé sous contrôle médical. Witold considère que les États-Unis ne font rien pour empêcher la tenue des « jeux pour dopés ».
Il précise sa pensée, « L’USADA a fait des déclarations générales, mais il est peut-être temps d’essayer de convaincre les financeurs de ce projet qu’il est dangereux. C’est son rôle et sa responsabilité, car l’événement aura lieu à Las Vegas ».
En retour, l’agence américaine considère que l’agence mondiale tente de « salir l’Amérique ». Une attaque violente aux accents trumpiste.
L’USADA s’estime dans son bon droit fort d’avoir signé le Code mondial antidopage et d’avoir voté lors du premier mandat de Donald Trump, le Rodchenkov Act qui leur permet d’engager des poursuites pénales contre les personnes impliquées dans des systèmes de dopage lors de compétitions, même à l’étranger si des intérêts américains sont en jeu.
Et Tygart de boucler ce nouvel acte de la guerre des mots, « ceux qui attachent de l’importance à un sport propre et équitable devraient se lever et exiger que l’AMA soit réformée ».