De l’adversité naît une belle amitié

Lorsque la Médaille Pierre de Coubertin a été crée en 1964, l’athlète Allemand Luz Long (1913 – 1943) aurait dû être le premier récipiendaire. C’est ce qui se disait dans les cercles olympiques. En fait c’est une légende. Sa famille confirme qu’elle n’a jamais été sollicitée dans ce sens.

 

En fait le premier à la recevoir était le bobeur italien Eugenio Monti, grand champion mais aussi esprit désintéressé. Il avait offert du matériel à un équipage concurrent qui l’a battu par la suite.

Depuis, selon les sources, entre vingt et quarante personnalités, pas forcément issues du monde du sport l’ont reçu, mais Luz Long n’en a jamais bénéficié.

 

Pourtant, il l’aurait mérité tellement son courage et à posteriori, son rejet du racisme fut remarquable lors des terribles Jeux de Berlin 1936.

 

Ce champion spécialisé dans le saut en longueur était avec Jesse Owens, mais également l’Allemand Wilhelm Leichum, l’Italien Arturo Maffei, le Français Robert Paul et le Japonais Naoto Tajima, l’un des favoris du concours olympique.

 

Lors des éliminatoires, l’Américain Jesse Owens qui les affronte mord la planche à deux reprises. Il est sur le point d’être éliminé alors qu’il est détenteur du record du monde.

Le concours

C’est là que la petite histoire déraille. Elle raconte que Luz Long, un bon copain sur le circuit mondial, va conseiller l’Américain afin de lui permettre de se qualifier pour la finale en lui demandant de prendre son élan avant la planche. Owens aurait mis cette technique à profit, se serait qualifié pour la finale qu’il a remporté avec un saut à 8,06 m devant Luz Long (7,87) et Naoto Tajima (7,74 m).

 

Cette histoire est celle que certains journalistes ont raconté parce qu’il s’agissait d’une belle histoire. Elle vient illustrer la photo montrant Long et Owens tout sourire pendant le concours (photo ci-dessus).

 

En réalité, selon Kaï Long, dans la biographie qu’il consacre à son père (Luz Long eine Sportlerkarriere Dritten Reich*) cette histoire est inventée. En réalité, les deux concurrents ne se sont pas parlé pendant le concours, l’un et l’autre concentrés sur leur performance.

 

En revanche, la deuxième place de Long, l’a rempli de joie. A la fin de la compétition, considérant qu’Owens l’avait aidé à se surpasser, il l’a pris dans ses bras, l’a embrassé et ils ont fait un tour de stade bras dessus – bras dessous (photo), après la remise des médailles dans un stade conquis au IIIe Reich.

 

Furieux, Hitler n’a pas apprécié. Son adjoint Rudolf Hess a demandé quelques jours plus tard à Long, de « ne plus jamais embrasser un nègre ! » .

Une amitié forte

C’est sans doute ainsi qu’est née l’amitié de Luz Long et Jesse Owens. Une amitié qui a bouleversé le fils du grand champion américain, Stuart Owens Rankin. Il considère qu’au delà des performances extraordinaires de son père, ce dont il est le plus fier c’est « l’esprit sportif incommensurable dont a fait preuve Luz Long envers mon père et l’amitié improbable qu’ils ont forgée pendant les Jeux ». Lui aussi raconte que Long aurait « conseillé » Owens pendant le concours.

Plus tard, Owens avouera avoir enjolivé l’histoire auprès de son fils par amitié pour Luz Long. Les deux hommes n’ont vraiment fraternisé qu’après la compétition.

 

Quoiqu’il en soit, les deux hommes deviendront des amis jusqu’à la mort de Luz Long pendant la Seconde Guerre mondiale sous l’uniforme de la Wehrmacht. Il est mortellement blessé lors de l’invasion de la Sicile.

La suite de l’histoire

En 2009 à l’occasion des championnats du monde d’athlétisme, autour de Lamine Diack, Kaï Long, sa fille Julia et Marlene Dortch-Owens, la petite-fille de Jesse Owens – Collection personnelle de Kai Long

Bien des années plus tard, en 1951, Jesse Owens est retourné en Allemagne avec les basketteurs des Harlem Globetrotters. Il a rencontré Kai, le fils de Luz Long. Puis en 1964, Jesse Owens est revenu à Berlin pour le tournage du film « Jesse Owens Returns to Berlin ». Il a invité Kai Long. Owens lui a demandé de prendre la place de son père et réitéré la pose des deux champions, 28 ans plus tôt.

 

Ces dernières années, la médaille d’argent remporté par Luz Long a été vendue aux enchères. Vendue 475.000 euros à un acheteur américain, jamais une médaille d’argent n’avait coûté aussi chère. C’est dire la popularité de Luz Long aux États-Unis alors qu’en Allemagne, il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Luz Long ne figure toujours pas au Hall of Fame du sport allemand.

Un seul athlète de son temps y figure, Rudolf Harbig qui n’obtint qu’une modeste 3e place au relais 4×400 m des Jeux de Berlin 1936.

 

* Luz Long une carrière dans le sport sous le Troisième Reich

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