Les mille vies du « gangster olympique »
Les mille vies du "gangster olympique" Seul champion olympique français à avoir été titré en cyclisme sur route à Londres 1948,
Les mille vies du « gangster olympique »

Seul champion olympique français à avoir été titré en cyclisme sur route à Londres 1948, José Beyaert a eu une vie trépidante.
C’est sur le circuit de 12 km, tracé en grande partie dans le parc du château de Windsor, que le coureur amateur s’illustre pour la première fois aux yeux du grand public.
En cette période immédiate de l’après-guerre, le sélectionneur a bien eu du mal à constituer son équipe. Les meilleurs tricolores sont passés professionnels après le conflit, et le Comité international olympique (CIO) leur interdit de participer. Il sélectionne Jacques Dupont, Alain Moineau et José Beyaert, un jeune nordiste de 22 ans.
Sous la pluie diluvienne, Beyaert s’impose et reçoit les félicitations du Prince Philippe.
Fêtard et bagarreur, José Beyaert était jusque là un habitué des postes de police, où il passe des nuits entières après avoir été arrêté pour s’être battu. Avec cette victoire, tout change.
Auréolé des lauriers olympiques, José Beyaert se voit proposer l’année suivante un contrat professionnel au sein d’une des meilleures équipes du peloton. Le leader de la formation n’est autre que René Vietto, la star du cyclisme français. Mais Beyaert n’en fait qu’à sa tête et ne respecte pas les consignes de courses données par son directeur sportif, encore moins à épauler son capitaine de route sur les courses. Il passera à côté d’une belle carrière de coureur professionnel.
La Colombie, l’autre vie
À la fin de son parcours, il participe au Tour de Colombie en 1952 et s’y impose enfin. Malgré les montées en haute altitude, avec des cols à plus de 3 000 m, le manque d’oxygène José Beyaert surmonte sa peur et apprend à apprécier la vie colombienne. Alors, quand le vice-président du pays, Roberto Urdento, propose au champion français de doubler son salaire de coureur pour qu’il reste dans son pays afin de coacher l’équipe nationale, le coureur français accepte. Beyaert tombe alors amoureux du pays. Son travail permettra l’émergence de coureurs de talent comme Lucho Herrera, mais, faute d’argent, l’embellie sera de courte durée.
Fort de sa notoriété importante en Colombie, il ouvre un restaurant pour son épouse et se lance dans le commerce de bois précieux. Il crée une scierie, en pleine forêt équatoriale. Il succombe ensuite à « la fièvre verte », et tente, comme beaucoup d’autres, de faire fortune dans les mines d’émeraudes. Mais bientôt ses affaires capotent et il se retrouve à court d’argent. C’est à ce moment-là que Beyaert franchit la ligne rouge. Il fréquente à distance le milieu corse et devient l’un des acteurs majeurs du trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et la France. Il prend régulièrement l’avion entre Bogota, Caracas et l’Europe et surveille les transports de cocaïne.
Beyaert inspire les écrivains
L’émergence de la guérilla communiste, la mort de sa femme, José Beyaert, décide de rentrer définitivement en France et s’installe du côté de La Rochelle où il termine paisiblement ses jours en 2005.
Le journaliste anglais Matt Rendell a écrit une biographie sur le coureur français. Il aurait pu l’intituler « l’homme aux mille vies ». Il a préféré l’appeler « Olympic gangster ». L’écrivain Auguste Le Breton, auteur de la série policière Riffifi, a également fait de José Beyaert un de ses personnages principaux de ses romans « Rouges étaient les émeraudes » et « Les Bourlingueurs ».
Beyaert était un coureur presque anonyme du peloton professionnel, mais un homme au destin extraordinaire.