L’étude qui conteste la rentabilité des Jeux
L'étude qui conteste la rentabilité des Jeux À la veille des Jeux de Milan Cortina 2026, une étude espagnole démontre que
L’étude qui conteste la rentabilité des Jeux
À la veille des Jeux de Milan Cortina 2026, une étude espagnole démontre que les Jeux olympiques génèrent des retombées économiques, certes, mais qu’elles sont modestes. On serait loin des effets souvent promis par les organisateurs lors des candidatures. Les bénéfices seraient ailleurs.
En préambule, l’étude indique que pendant des décennies, des compétitions de l’envergure des Jeux olympiques ou les Coupes du Monde de football ont été présentées comme des leviers de croissance capables de transformer les économies, d’attirer des millions de touristes et de laisser un héritage durable dans les pays hôtes.
Or, des universitaires des Asturies et des Baléares qui se sont penchés sur le sujet sont moins affirmatifs. Ils ont compilé les données de 147 pays entre 1991 et 2023 afin d’évaluer l’impact de ces manifestations sur le tourisme international, le PIB par habitant et l’emploi dans le secteur des services.
Les conclusions de cette étude remettent en question ce discours. Selon les universitaires, les retombées existent, mais elles sont modestes, concentrées à court terme et inégalement réparties au sein de la population et entre les différentes régions du pays hôte. En d’autres termes, les Jeux rapportent de l’image et ceux de Paris 2024 en sont l’éclatante démonstration, mais moins d’argent qu’espéré.
La méthode
L’une des particularités de cette recherche réside dans son approche méthodologique. Contrairement aux analyses précédentes qui comparaient les pays hôtes de manière générique au reste du monde, les auteurs utilisent une autre approche. Ils comparent le pays d’accueil de la manifestation internationale aux pays ayant également déposé une candidature ou présentant des caractéristiques économiques similaires.
Ils intègrent également l’impact qui se manifeste entre l’annonce du pays hôte et le déroulement de l’événement, période durant laquelle les investissements, les travaux publics et les perspectives de croissance sont généralement concentrés. Les résultats montrent que, dans le cas des Jeux olympiques, les effets positifs se situent principalement durant la phase préparatoire.
En moyenne, les pays hôtes enregistrent une hausse du PIB par habitant de 5,3 % avant l’événement et de 10,5 % après. L’emploi dans le secteur des services progresse de 1,2 point de pourcentage dans les années précédant la compétition multisports.
Ces hausses sont statistiquement significatives, mais elles ne suffisent pas à justifier, à elles seules, l’ampleur des dépenses publiques et privées que ces compétitions engendrent généralement. C’est-à-dire près de 10 milliards d’euros en moyenne.
Un apport touristique
Le tourisme, l’un des principaux arguments avancés pour justifier l’organisation de tels événements, donne des résultats particulièrement ambigus. Selon l’analyse, les Jeux olympiques entraînent une hausse temporaire des arrivées internationales avant leur tenue, suivie d’une baisse. L’étude met en évidence plusieurs causes à cette baisse, notamment la hausse des prix, la saturation des infrastructures et l’effet d’éviction, selon lequel certains touristes habituels évitent la destination pendant l’événement.
Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, qui débuteront dans un mois, devraient générer selon l’organisation 5,3 milliards d’euros de retombées économiques pour la Lombardie, la Vénétie et le Trentin-Haut-Adige, les trois régions organisatrices. Ces estimations incluent également la création d’environ 13 000 emplois, une audience mondiale estimée à environ trois milliards de personnes et surtout la venue de près de 2 millions de touristes.
Des chiffres optimistes si on les compare à ceux estimés après les Jeux de Paris 2024. Ceux-là ont généré 1,8 million de touristes (+25% par rapport à 2023) pendant la durée de l’événement. Seule la cérémonie d’ouverture a procuré plusieurs milliards (5 ?) de supporters. Selon les estimations réalisées en 2024, les Jeux de Paris auraient rapporté un peu plus de 2 milliards d’euros au PIB de la France, soit (0,07%), bien qu’il soit encore « prématuré » d’évaluer les effets à moyen et long terme.
Un bénéfice d’image, plus qu’économique
L’étude menée par les universités des Îles Baléares et d’Oviedo ne nie pas que les grands événements sportifs puissent générer de l’activité économique, des emplois et une visibilité internationale. Elle interroge en revanche leur capacité à agir comme de simples moteurs de développement.
María Santana Gallego, (photo) professeure d’économie appliquée à l’Université des Îles Baléares et co-auteure de l’étude résume son principal message par une mise en garde : « Cette recherche montre que les retombées des grands événements sportifs ne sont ni automatiques ni garanties. Une planification rigoureuse et une stratégie claire sont indispensables pour tirer parti de la visibilité internationale et éviter un revers économique.»
Les auteurs soulignent des risques récurrents, tels que l’inflation, les dépassements de coûts et la sous-utilisation des infrastructures, autant de facteurs susceptibles d’éroder rapidement les bénéfices initiaux et de réduire l’impact social de l’événement.