Avec le cricket, le CIO flaire le jackpot
Avec le cricket, le CIO flaire le jackpot Avec près de deux milliards de supporters dans le monde, le retour du
Avec le cricket, le CIO flaire le jackpot
Avec près de deux milliards de supporters dans le monde, le retour du cricket aux Jeux de Los Angeles 2028 représente bien plus qu’une simple discipline additionnelle. Il s’agit d’une opération commerciale de grande envergure destinée à tester notamment le marché indien. Le pays est candidat à l’organisation des Jeux en 2036.
» Le cricket est l’un des grands sports mondiaux à ne pas figurer au programme des Jeux olympiques », reconnait Pierre Ducrey, le directeur des sports du CIO. Lors de l’entretien qu’il vient d’accorder à Reuters, ce dernier admet que ce sport très populaire dans certains grands pays asiatiques et particulièrement en Inde est important pour l’olympisme. Cela est d’autant plus vrai que le marché indien, composé de près d’un milliard et demi d’individus, n’est pas encore assez présent dans l’univers olympique. Toujours selon Ducret, le cricket peut à lui seul drainer un public nouveau vers l’olympisme.
L’intérêt suscité par les droits de diffusion en Inde pour LA28 reflète déjà cet optimisme. Reuters rapporte que le CIO a reçu des marques d’intérêt de la part de plusieurs diffuseurs du sous-continent indien. Ces derniers seraient disposés à payer beaucoup plus cher que les 26 millions d’euros déboursé pour Paris 2024.
Le cricket comme cheval de Troie
Le cricket n’a été disputé qu’à une seule occasion aux Jeux olympiques, c’était à Paris 1900. Une équipe anglaise (photo) affrontait une équipe française… composée essentiellement de joueurs anglais.
Cette discipline, plutôt spectaculaire dans sa forme, souffre de la longueur de ses matches, souvent interminables. L’essor de sa variante, le Twenty 20, pourrait rendre le sport plus télégénique. Le Twenty 20 se dispute en une seule manche de 20 séries de 6 lancers. Il peut durer trois heures, contrairement à une partie de cricket traditionnel qui peut durer de très longues heures, voire jusqu’à cinq jours.
C’est cette forme de jeu qui a permis l’expansion de la discipline. À la différence du cricket pratiqué depuis plusieurs siècles dans une cinquantaine de pays, parfois de façon très marginale et dont l’International Cricket Council (ICC) regroupe seulement 12 pays, le Twenty 20 a déjà conquis une centaine de pays en seulement 20 ans d’existence. C’est ce type de compétition qui convient à l’environnement olympique. « L’incertitude ou l’imprévisibilité, atouts majeurs du sport en direct, sont exacerbées dans ce format », indique le directeur général de l’ICC, Sanjog Guptaa.
Si aujourd’hui, l’ICC se félicite d’avoir trouvé un accord pour l’introduction du cricket aux Jeux, le chemin a parfois été long et semé d’embûches : deux décennies, « Il a fallu du temps pour que les intérêts du Conseil international du cricket (ICC) — et du cricket en général — s’alignent de manière significative avec ceux du mouvement olympique, ouvrant ainsi la voie aux discussions sur le programme des Jeux de 2028 », indique Pierre Ducrey.
Un accord long à se dessiner
Ce qui est sûr, c’est que le CIO s’est montré patient, car il y va de son intérêt. C’est ainsi que l’IPL, la Ligue professionnelle indienne, est une des compétitions sportives les plus lucratives au monde. Reuters rapporte qu’elle aurait généré 20 milliards de dollars de profits et que la saison 2026 devrait attirer près de 1,2 milliard de téléspectateurs sur tous les supports numériques et la télévision.
D’ailleurs, au sein du monde du cricket, beaucoup s’attendent à ce que l’aventure olympique de la discipline se poursuive bien au-delà de Los Angeles 2028. Brisbane, ville hôte des Jeux de 2032, se trouve dans une autre grande nation du cricket, tandis que l’Inde continue de promouvoir sa candidature pour accueillir les Jeux olympiques de 2036 à Ahmedabad (photo Motera stadium – 110 000 places)
En intégrant le cricket, le mouvement olympique est en passe de récolter un important « dividende démographique », comme l’indique Sanjog Guptaa à Reuters. Le CIO l’a bien compris et n’entend pas gâcher cette opportunité.