Une route parsemée de miracles
Une route parsemée de miracles Les rameurs savent que le skiff, la seule embarcation qui se conduit seul, est parmi les
Une route parsemée de miracles
Les rameurs savent que le skiff, la seule embarcation qui se conduit seul, est parmi les plus difficiles de l’aviron. Elle l’est autant physiquement que mentalement. On est seul : juste soi, les rames et le bateau. Pourtant, le Biélorusse, Yauleni Zalaty a pu mesurer à l’occasion des Jeux de Paris 2024 que les pratiquants de ce sport sont capables d’élans de générosité extraordinaire.
La présence à Paris de Zalaty tient d’ailleurs du miracle. En qualité de Biélorusse, il n’a pu participer aux Jeux qu’après avoir démontré qu’il méritait de s’y représenter comme athlète neutre (AIN). Plus de deux ans après le début de la guerre en Ukraine, une trentaine d’athlètes russes et biélorusses ont obtenu ce statut. Deux seuls d’entre eux avaient obtenu l’approbation pour l’aviron : les deux Biélorusses, Zalaty et Tatsiana Klimovich.
Pour autant, les deux athlètes ne sont pas au bout de leur périple. Pour participer aux Jeux de Paris, ils doivent disposer de leur bateau qu’ils connaissent par cœur. Se rendre de Biélorussie à Paris en voiture implique de prendre la direction de l’ouest, puis de traverser d’abord l’Union européenne par la Pologne.
Or l’UE interdit désormais l’importation de tels équipements sportifs en provenance de Biélorussie et de Russie. Word Rowing, la fédération internationale a délivré les papiers nécessaires pour permettre cette exception. Mais rien n’y fait. Les gardes-frontière polonais mettent un point d’honneur à ne pas permettre l’entrée des skiffs sur le territoire.
Un miracle, puis deux
Zalaty et Klimovich se résolvent au plan B. Ils prennent l’avion pour Paris en espérant que leurs bateaux finiront par arriver. Mais les bateaux restent bloqués à la frontière.
Les deux rameurs cherchent alors de nouvelles embarcations en France. Klimovich trouve rapidement skiff à sa mesure, identique au sien. En revanche, Zalaty ne trouve pas. Finalement, après avoir cherché partout en Europe, la Fédération allemande prête l’un de ses bateaux à Zalaty. Mieux même, il s’agit de la Rolls des skiffs. Mais la solidarité ne s’arrête pas là.
Le jour de la compétition, le bus qui amène Zalaty à Vaires-sur-Marne pour disputer la finale tombe en panne. Le champion biélorusse qui a dépensé beaucoup d’énergie et franchit des montagnes pour être présent, est désespéré. Pourtant, il garde son sang-froid. Certains lui voient faire des mouvements pour échauffer ses muscles.
Un deuxième bus arrive et tous les passagers sont transbordés.
C’est alors qu’un deuxième miracle se produit. Alors que deux des six finalistes sont déjà sur l’eau, la Fédération internationale décide de repousser la finale d’une heure pour permettre à Zalaty de rejoindre le plan d’eau et participer. Le retard n’était pas de son fait.
… et enfin trois, puis quatre miracles
Et que croyez-vous qu’il se passe ? Yauheni Zalaty a pu participer à la finale à laquelle il est qualifié comme lors des derniers Championnats du monde. Cette fois-là, il avait terminé septième. Là, il n’a pas seulement participé à la course. Il a remporté la médaille d’argent.
Quelques heures après, Zalaty a reçu un appel de son épouse, Ksenya Romanovskaya, une rameuse internationale, restée au pays. Et pour cause, elle venait de donner naissance à leur premier enfant, un garçon.