Kirsty Coventry : pas une question de pouvoir
Kirsty Coventry : "pas une question de pouvoir" À 41 ans, l'ancienne championne olympique de natation et ministre des Sports du
Kirsty Coventry : « pas une question de pouvoir »
À 41 ans, l’ancienne championne olympique de natation et ministre des Sports du Zimbabwe prend la présidence du Comité international olympique (CIO). Elle entre dans l’histoire en devenant la première femme à diriger l’organisation. On découvre, en écoutant ses propos, qu’elle ne veut pas le pouvoir pour elle-même, mais juste pour inspirer et prendre les bonnes décisions.
Kirsty Coventry s’apprête à diriger l’institution la plus puissante du sport mondial. Pourtant, ce n’est pas le prestige ou l’autorité qui ont guidé son parcours, mais juste l’envie d’inspirer et faire la différence.
Dans une interview qu’elle accorde à Benny Bonsu, directeur du contenu quotidien de la chaîne olympique, elle se confie : « Après mon élection, mon mari s’est mis à rire au petit-déjeuner et il m’a regardée et m’a dit : « Tu te rends compte que tu es la personne la plus puissante du sport ? » se souvient-elle. « Et je lui ai répondu : « De quoi tu parles ? » Pour moi, ce n’est pas une question de titre. Ce n’était pas une question de pouvoir. Parfois, ces choses-là nous empêchent de nous concentrer sur les mauvaises choses. Ce n’est pas moi. Mais je suis très fière que nous ayons élu notre première femme présidente. Et je vais faire de mon mieux pour que ce soit une réussite ».
Une femme présidente… si différente
Tandis que son prédécesseur, Thomas Bach, séjournait régulièrement dans une suite du Lausanne Palace à la charge du CIO, Kirsty Coventry, elle, souhaite habiter sa propre maison. « Je veux vraiment que mes enfants grandissent en faisant la même chose que moi : faire les lits, faire les tâches ménagères et être des enfants».
On le découvre, ce n’est pas le pouvoir qui transcende Kirsty Coventry, mais bien la responsabilité qui sera la sienne dans l’avenir du sport mondial. C’est ainsi qu’elle entend demander à la centaine de membres du CIO présents à Lausanne pour la passation de pouvoir de rester deux jours supplémentaires pour un atelier de réflexion. « J’aime diriger en collaborant », a-t-elle déclaré. « J’aime que les gens disent : « Oui, j’ai eu mon mot à dire et c’est la direction que nous avons prise. » Cela permet d’obtenir une adhésion authentique».
Défendre les athlètes
L’autre objectif de Kirsty Coventry à la tête du CIO sera de défendre farouchement les athlètes, qui donnent au CIO le poids qui est le sien sur la scène internationale. Pendant 9 ans à la tête de la commission des athlètes, l’ancienne championne n’a rien oublié des sacrifices qu’il faut endurer pour arriver au sommet d’une discipline. Il y a une dizaine d’années, elle était encore une athlète.
D’ailleurs son prédécesseur, Thomas Bach, le dit lui-même, il accorde une pleine confiance à Kirsty Coventry. « Le mouvement olympique est entre de bonnes mains ». Et s’adressant aux athlètes, il précise : « Elle comprend vos espoirs et vos défis, car elle les a vécus elle-même. Elle gardera les athlètes au centre de toutes nos préoccupations ».
Kirsty Coventry s’est en effet toujours efforcée de répondre à leur attente, notamment s’agissant de leur avenir, une fois leur carrière sportive terminée. Plusieurs d’entre eux, membre du CIO, ont su lui rendre cet engagement.
Voilà pourquoi, dès le premier tour de scrutin, la moitié des membres de l’organisation ont voté pour elle et l’ont élue. Ce n’est pas un mince exploit alors qu’on pensait que plusieurs tours étaient envisageables face à six hommes au discours bien rodé, aux dents bien acérées. « J’aime être l’outsider. J’aime que les gens me regardent et se disent : « Oh, elle est très jeune. » « Peut-être qu’elle n’a pas autant d’expérience », a déclaré Coventry.
Inspirée par des femmes fortes
Tout au long de son parcours, Coventry a puisé sa force dans son parcours de jeunesse. Elle évoque les difficultés qu’elle a rencontrées en grandissant en tant qu’espoir olympique. Elle a subi le harcèlement de ses pairs parce qu’elle rêvait plus grand. Kirsty Coventry dit s’en être sortie grâce à la diplomatie que ses proches lui ont inculquée, mais aussi grâce aux parcours des femmes qui l’ont entourée. « Mon grand-père est décédé alors que ma mère était à la fin de son adolescence. Ma grand-mère a donc été mère célibataire pendant la majeure partie de sa vie avec trois enfants. C’était une femme incroyablement forte qui a élevé sa famille – et je trouve ma mère, mon oncle et ma tante formidables».
Kim Breckin son ancienne entraineure, est une autre femme qui l’aura inspirée. Elle élevait ses enfants seule. Son mari, militaire, était déployé à l’étranger. « Quand j’ai observé Kim avec ses enfants pendant l’entraînement et la préparation pour Athènes 2004 – son aîné est arrivé à Athènes bébé, je crois qu’elle le nourrissait encore – j’ai pu constater à quel moment nous étions les plus performantes en équipe, et elle était une maman incroyable ».
Dans ces temps troublés où des hommes au pouvoir semblent être aveuglés par leur égo, l’élection de Kirsty Coventry à la tête du sport international fait du bien. Sa seule ambition est de toujours mesurer le poids de ses responsabilités et de savoir écouter pour prendre les bonnes décisions.
A voir, à entendre