Au delà des crocodiles, les courants !
Bien plus dangereux que les crocodiles, les courants Le site fluvial choisi pour les épreuves d'aviron et de canoë sprint aux
Bien plus dangereux que les crocodiles, les courants
Le site fluvial choisi pour les épreuves d’aviron et de canoë sprint aux Jeux olympiques d’été de Brisbane 2032 se heurte à l’opposition des fédérations internationales. Elles dénoncent un manque de garanties techniques et réclament une révision urgente. La véritable menace, ce ne sont pas les crocodiles qui font la Une des journaux en quête d’audience, mais les courants.
La rivière FitzRoy, au cœur de Rockhampton, est le site choisi par le gouvernement du Queensland comme site olympique et paralympique pour les épreuves d’aviron et de canoë sprint à Brisbane 2032. Cette décision, loin d’apaiser les esprits, vient de déclencher une tempête de critiques.
Les premiers à s’en émouvoir sont ceux chargés d’y organiser les épreuves pendant les Jeux olympiques, c’est-à-dire la Fédération mondiale d’aviron (World Rowing) et la Fédération internationale de canoë. Elles s’opposent publiquement à ce projet. Pour eux, la rivière ne répond pas aux normes techniques requises.
Un expert dépêché sur place est formel. Ross Tong, médaillé olympique néo-zélandais à Los Angeles 1984, est direct : « Quand j’ai vu le site, j’ai pensé que c’était un excellent site d’entraînement, mais c’est une rivière, il y a du courant et donc ce n’est pas équitable. Je ne vois pas comment WR pourrait l’approuver » dit-il.
Invisible, mais sournois
Ce courant invisible est le cœur du problème. Contrairement à un parcours artificiel ou à un lac d’eau calme, la rivière FitzRoy possède un courant naturel qui, selon les experts, pourrait favoriser ou gêner certains couloirs. « Si le courant est plus fort au milieu, certains couloirs seront avantagés », explique Sarah Cook, PDG de Rowing Australia (photo) et finaliste olympique. « Le moins qu’un athlète mérite, c’est de concourir dans des conditions équitables ».
À ce problème crucial s’ajoutent d’autres préoccupations, comme la qualité de l’eau, la présence de mauvaises herbes et l’entretien du lit de la rivière. « Les finales olympiques se jouent à des centièmes de seconde. Si une plante se coince dans votre gouvernail ou si vous ne parvenez pas à écraser la quille, le bateau ralentira et vous aurez perdu la course », a averti Ross Tong.
Malgré les avertissements, le Premier ministre libéral du Queensland, David Crisafulli, a défendu la décision. « Si c’est assez bien pour les enfants du centre du Queensland, c’est assez bien pour Pierre de Paris », a-t-il ironisé. Reste à savoir à qui il fait référence : Pierre de Coubertin ou un sportif français prénommé Pierre ? Quoi qu’il en soit, le Premier ministre promet une transformation urbaine importante à Rockhampton. Il s’engage à financer de nouvelles infrastructures, dont un parc olympique sur le site des anciens ateliers ferroviaires de la ville.
L’état australien prend parti
La tension est montée d’un cran lorsque les médias internationaux ont commencé à souligner la présence de crocodiles dans la rivière. Bien qu’ils attirent l’attention, les reptiles ne sont pas la principale préoccupation. « Il y a des requins dans l’océan et nous continuons à surfer », a déclaré Andrew Liveris, président du comité d’organisation de Brisbane 2032. À Rockhampton, cohabiter avec les crocodiles fait partie du quotidien. « Nous avons des protocoles actifs pour signaler les observations. Nous vivons avec eux » indique Sarah Black, la présidente du club d’aviron local. Selon les spécialistes des crocodiles, il n’y aurait aucun risque car l’animal n’attaque pas en hiver, la période où se dérouleront les Jeux. Il ne mange pas et bouge peu.
En réalité, le débat concerne davantage ce problème de courant qui serait fatal à plusieurs concurrents si ce site est retenu. Le Premier ministre australien Anthony Albanese (photo) vient à son tour d’apporter sa pierre au débat. On rappelle que l’état australien finance la moitié des Jeux avec le Queensland. « Si c’était le plan A ou le plan B, mais c’est le huitième sur huit ». Le Premier ministre démocrate critique à son tour ouvertement le choix du site.
World Rowing a confirmé qu’une inspection technique officielle aura lieu en mai. D’ici là, le parcours ne sera pas homologué.